Après un épisode pluvieux ou un arrosage copieux, des courgettes qui jaunissent, ramollissent ou pourrissent sur pied déclenchent souvent le même réflexe : chercher un champignon. Les bulletins de santé du végétal des Chambres d’agriculture (campagnes 2022-2024) et les synthèses de l’INRAE sur les cucurbitacées de plein champ montrent que la réalité est plus nuancée. Plusieurs mécanismes, pathogènes ou non, se superposent dès que l’humidité persiste autour des plants.
Identifier lequel agit en premier change radicalement la réponse à apporter au potager.
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Pollinisation ratée ou maladie fongique : distinguer les deux sur courgettes après la pluie
Un jeune fruit qui jaunit à son extrémité puis tombe peut ressembler à une attaque de botrytis. Des essais menés par l’INRAE et Terres Inovia entre 2021 et 2023 sur cucurbitacées de plein champ pointent une autre cause, bien plus fréquente en début de saison : la pollinisation incomplète et le lessivage du pollen par la pluie. Quand les averses coïncident avec la floraison, les insectes pollinisateurs restent inactifs et l’eau emporte le pollen avant qu’il n’atteigne le pistil.
Le fruit avorté se distingue d’un fruit infecté par un champignon à plusieurs niveaux.
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| Critère | Avortement par défaut de pollinisation | Infection fongique (botrytis, mildiou) |
|---|---|---|
| Zone atteinte en premier | Extrémité florale du fruit | Base du fruit, collet ou feuilles |
| Aspect visuel | Jaunissement sec, fruit mou sans moisissure visible | Duvet gris (botrytis) ou taches huileuses sur feuilles (mildiou) |
| Moment d’apparition | Dès la nouaison, souvent avant que le fruit dépasse quelques centimètres | Après plusieurs jours d’humidité persistante, sur fruits plus développés |
| Odeur | Aucune ou légèrement acide | Odeur de moisi, de pourriture |
| Propagation aux autres plants | Non (problème mécanique) | Oui (spores dispersées par le vent et l’eau) |
Quand le fruit tombe avant d’avoir atteint la taille d’un doigt et qu’aucun feutrage n’apparaît sur les feuilles voisines, le pollen manquant est la première piste à explorer, pas le fongicide.

Fenêtres de contamination du mildiou sur courgettes : les orages d’été changent la donne
Les concurrents décrivent le mildiou comme une maladie de printemps humide. Les données récentes modifient ce schéma. Depuis 2023-2024, le réseau d’avertissement relayé par les Chambres d’agriculture des Pays de la Loire signale une augmentation nette des épisodes de mildiou après orages estivaux courts mais violents. Des nuits plus chaudes combinées à l’humidité résiduelle créent des fenêtres de contamination en plein cœur de juillet et août, une période où la vigilance baisse au jardin.
Le mildiou des cucurbitacées (Pseudoperonospora cubensis) a besoin d’eau libre sur les feuilles et d’une température nocturne supérieure à 10-12 °C pour germer. Un orage violent suivi d’une nuit douce remplit ces deux conditions en quelques heures. En revanche, un arrosage au pied, réalisé le matin et sans mouiller le feuillage, ne crée pas cette fenêtre.
Arrosage au pied ou aspersion : l’écart de risque pour le feuillage
L’aspersion reproduit exactement les conditions d’un épisode pluvieux : eau stagnante sur les feuilles pendant plusieurs heures si l’arrosage a lieu en fin de journée. Un arrosage localisé au pied du plant, combiné à un paillage qui limite les éclaboussures de sol sur les feuilles basses, réduit le temps d’humectation foliaire de façon significative.
- Arroser tôt le matin permet au feuillage de sécher avant la nuit, période critique pour la germination des spores de mildiou.
- Un paillage organique (paille, BRF) limite le rebond des gouttes de pluie ou d’arrosage sur les feuilles basses, première zone de contact avec les spores présentes dans le sol.
- Espacer les plants favorise la circulation d’air entre les feuilles et accélère le séchage après un épisode humide.

Sol gorgé d’eau et racines de courgettes : le risque de Phytophthora capsici
Un autre mécanisme, moins médiatisé, concerne directement le sol. Phytophthora capsici, un oomycète surtout décrit jusqu’ici sur courges d’hiver, est désormais considéré par Wageningen University and Research comme un risque émergent sur courgettes en cas d’arrosage par submersion ou de parcelles mal drainées. Ce pathogène prospère dans les sols saturés en eau et attaque les racines avant de remonter vers le collet.
Les symptômes au potager sont trompeurs. Le plant flétrit brutalement alors que le sol est humide, ce qui pousse à arroser davantage, aggravant le problème. Les feuilles ne présentent pas les taches caractéristiques du mildiou aérien. Le diagnostic se fait au niveau du collet : un brunissement mou à la base de la tige signe une attaque racinaire.
Drainage du sol au potager : un facteur de prévention sous-estimé
Sur un sol argileux ou compacté, l’eau de pluie stagne autour des racines pendant des heures. Cultiver les courgettes sur une légère butte (une quinzaine de centimètres suffit) améliore l’évacuation de l’eau et réduit le temps de saturation du sol autour des racines. Le paillage, souvent recommandé pour limiter l’évaporation, doit rester perméable : une couche trop épaisse de tontes fraîches, par exemple, peut créer un matelas imperméable qui retient l’eau au pied du plant.
- Vérifier le drainage avant la plantation en observant combien de temps une flaque met à disparaître après un arrosage copieux.
- Préférer un paillage aéré (paille, feuilles mortes) à un paillage dense et compact (tontes fraîches en couche épaisse).
- Éviter l’arrosage par submersion : un goutte-à-goutte ou un arrosoir dirigé au pied apporte l’eau nécessaire sans noyer la zone racinaire.
Enchainer les gestes après une forte pluie au potager : ordre de priorité
Après un orage estival, la tentation est de traiter préventivement avec une bouillie bordelaise. Avant d’appliquer quoi que ce soit, un examen rapide des plants permet de trier les problèmes.
Commencer par vérifier l’état du collet : un collet brun et mou oriente vers un problème racinaire lié au drainage. Examiner ensuite la face inférieure des feuilles à la recherche du duvet caractéristique du mildiou. Enfin, observer les jeunes fruits en formation : un fruit avorté sans moisissure visible pointe vers un défaut de pollinisation, pas vers un pathogène.
Cette séquence d’observation, collet puis feuilles puis fruits, évite de traiter un problème de pollinisation avec un fongicide ou de noyer un plant dont les racines asphyxient déjà. Les maladies des courgettes après la pluie ou l’arrosage résultent rarement d’une seule cause. C’est la combinaison d’un sol mal drainé, d’un feuillage qui reste mouillé la nuit et d’une pollinisation perturbée qui transforme un simple épisode pluvieux en perte de récolte au jardin.

