Le Roundup Ultra Plus reste l’un des herbicides les plus vendus en Espagne, où les produits à base de glyphosate sont accessibles aux professionnels agricoles dans des conditions bien plus souples qu’en France. Derrière cette accessibilité, la question de l’impact environnemental de ces formulations mérite une attention précise, notamment parce que le cadre réglementaire européen a évolué récemment.
Rectificatif européen de 2026 : ce qui change pour le Roundup Ultra Plus en Espagne
Vous avez peut-être lu que le glyphosate a été renouvelé en Europe. C’est vrai, mais l’histoire ne s’arrête pas là.
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La Commission européenne a prolongé l’approbation du glyphosate jusqu’au 15 décembre 2033, via le règlement d’exécution (UE) 2023/2660, applicable depuis décembre 2023. Cette décision concerne toutes les formulations commerciales contenant cette substance active, y compris le Roundup Ultra Plus vendu en Espagne.
Un détail passe souvent inaperçu : un rectificatif technique a été publié au Journal officiel de l’UE le 24 juillet 2026. Ce texte corrige des erreurs de forme dans le règlement de 2023, sans modifier la date d’expiration. En revanche, il impose aux fabricants et aux utilisateurs professionnels de revérifier la conformité de leurs formulations et de leurs autorisations nationales.
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Concrètement, pour un agriculteur espagnol qui utilise du Roundup Ultra Plus, cela signifie que les conditions d’étiquetage et les obligations de suivi environnemental peuvent avoir été ajustées. Un produit acheté avant ce rectificatif n’est pas automatiquement non conforme, mais les distributeurs doivent s’assurer que les mentions réglementaires sont à jour.

Glyphosate et sols espagnols : des mécanismes de contamination peu visibles
Quand on pulvérise un herbicide comme le Roundup Ultra Plus, le glyphosate ne reste pas sagement sur les feuilles qu’il cible. Une partie atteint le sol, où son comportement dépend du type de terre, du climat et de la présence d’eau.
L’Espagne présente une particularité : une grande partie de ses terres agricoles se trouvent dans des zones semi-arides. Dans ces contextes, l’eau de surface est rare mais les épisodes de pluie peuvent être violents. Le glyphosate, qui se lie habituellement aux particules du sol, peut alors être entraîné par ruissellement vers les cours d’eau ou les nappes peu profondes.
Ce que le sol retient et ce qu’il relâche
Le glyphosate se dégrade en AMPA (acide aminométhylphosphonique), un métabolite que l’on retrouve fréquemment dans les analyses d’eau en Europe. L’AMPA persiste plus longtemps dans l’environnement que le glyphosate lui-même. Dans des sols argileux, la dégradation est plus lente. Dans des sols sableux, le transfert vers l’eau est plus rapide.
Pour les cultures espagnoles comme l’olivier ou la vigne, où le désherbage chimique est courant entre les rangs, cette dynamique sol-eau est un paramètre à ne pas ignorer.
Différence France-Espagne sur le Roundup : pourquoi un tel écart réglementaire
La France a interdit la vente de pesticides de synthèse aux particuliers depuis la loi Labbé (2017, renforcée en 2019). Résultat : un jardinier français ne peut ni acheter ni utiliser de Roundup Ultra Plus. En Espagne, la commercialisation reste autorisée pour les professionnels agricoles, sous conditions.
Cette différence ne vient pas d’un désaccord scientifique entre les deux pays. L’approbation du glyphosate est européenne, mais chaque État choisit ses restrictions nationales. La France a opté pour un encadrement strict des usages non agricoles. L’Espagne applique les obligations européennes sans y ajouter de restrictions supplémentaires significatives pour les professionnels.
Ramener du Roundup Ultra Plus d’Espagne vers la France pour un usage privé est illégal et expose à des sanctions douanières. Cette pratique, parfois banalisée, alimente un marché parallèle documenté par plusieurs médias français.
Solutions de réduction du glyphosate : alternatives testées en conditions méditerranéennes
Réduire l’usage du Roundup Ultra Plus en Espagne ne peut pas se résumer à un simple remplacement produit par produit. Le désherbage chimique remplit une fonction précise dans les systèmes de culture espagnols, et les alternatives doivent être évaluées dans ce contexte climatique.
Méthodes mécaniques et thermiques
- Le désherbage mécanique (binage, travail superficiel du sol) est adapté aux cultures en rangs comme la vigne et l’olivier, mais il augmente le nombre de passages et donc la consommation de carburant
- Le désherbage thermique (flamme ou vapeur) fonctionne sur de petites surfaces et sur des adventices jeunes, mais son efficacité diminue sur les plantes vivaces développées
- Les couverts végétaux entre les rangs limitent la levée des adventices tout en protégeant le sol de l’érosion, un avantage non négligeable dans les zones semi-arides espagnoles
Biocontrôle et herbicides alternatifs
Certaines formulations à base d’acide pélargonique sont autorisées comme désherbants de contact. Leur mode d’action diffère du glyphosate : ils détruisent la partie aérienne de la plante sans action systémique. Ces produits nécessitent des applications plus fréquentes et leur coût par hectare est plus élevé.
Des recherches explorent aussi les bioherbicides à base de micro-organismes. Ces pistes restent pour l’instant au stade expérimental pour une utilisation à grande échelle en conditions méditerranéennes.

Suivi environnemental du glyphosate en Espagne : les données disponibles
L’Espagne dispose d’un registre officiel des produits phytopharmaceutiques, accessible via le Ministerio de Agricultura. Les résidus de pesticides, y compris le glyphosate et l’AMPA, font l’objet de programmes de surveillance dans les eaux de surface et souterraines.
L’Université Jaume I de Castellón a mené des travaux sur la présence de résidus de pesticides dans les milieux aquatiques espagnols. Ces données locales sont nécessaires pour évaluer l’impact réel du Roundup Ultra Plus au-delà des modélisations théoriques.
Le cadre européen prévoit aussi que la Commission ne propose désormais de réviser les autorisations de pesticides que sur la base de nouvelles données scientifiques, et non plus systématiquement à date fixe. Cette approche, défendue par certains comme un gage de stabilité, est critiquée par d’autres qui y voient un ralentissement du principe de précaution.
La trajectoire du Roundup Ultra Plus en Espagne dépendra donc de deux facteurs concrets : les résultats des programmes de surveillance environnementale nationaux, et la capacité des alternatives à prouver leur viabilité économique dans les systèmes de culture méditerranéens. Le renouvellement jusqu’en 2033 offre une fenêtre de temps, pas une garantie de statu quo.

